HERITAGE des ECHECS FRANCAIS

 

On ne possède pas de représentation de Mouret, qui fut longuement le joueur caché dans "Le Turc", l'automate joueur d'échecs qui sillonna l'Europe au début du 19ème siècle.

 

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MOURET Jacques François

22/08/1780 (Paris Paroisse St Merry) - 09/05/1837 (Paris 1er arrondissement)

Jacques François Mouret fut l'un des meilleurs joueurs français du début du 19ème siècle. La mise en ligne des archives de Paris (1), nous permet de préciser ses dates et lieux de naissance ainsi que de décès. Il est né en 1780, bien plus tôt que la date indiquée par Jeremy Gaige qui mentionnait "circa 1787" (2).

Il était apparenté à Philidor, un petit-neveu (3), et le jeu lui fut enseigné au Café de La Régence par Carlier et Bernard, des élèves de Philidor (4). Il fut un des maîtres de De Labourdonnais et il donna même des cours aux enfants du roi Louis-Philippe (5).

Mouret est surtout connu car il a été un des opérateurs cachés dans Le Turc, l'automate joueur d'échecs qui sillonna l'Europe au début du 19ème siècle. Cet automate, construit par Kempelen fut montré pour la première fois à la cour d'Autriche en 1769. Après la mort de Kempelen, en 1805 il devint la possession de l'ingénieur allemand Johann Maezel qui l'exploita d'abord en Europe puis à partir de 1826 aux USA. Mouret (vers 1820) fut un des nombreux forts joueurs qui joua caché dans le Turc. Il existe une publication de 1820 (6) qui donne 50 parties du Turc pendant son exhibition à Londres alors que Mouret en était le joueur caché. On y constate un style solide et efficace, la préface indique que de février 1820 à la publication du livre, Le Turc a joué environ 300 parties en donnant un pion et le trait à ses adversaires et qu'il en a perdu 6 !

La littérature échiquéenne regorge d'anecdotes concernant l'exploitation du Turc qui était un véritable phénomène à l'époque. La plus célèbre est livrée par le Comte de Basterot (7) dans son traité :

Concernant le jeu de Mouret il faut noter qu'il prônait une défense très peu usitée à l'époque : 1.é4 - é6. On l'appelait alors Partie du Pion du Roi un pas. Il enseigna cette défense à un des amateurs assidus du café de La Régence, M. Chamouillet (contre un conseil pour l'achat d'un miroir ! ... car Chamouillet était miroitier). En 1834 Chamouillet faisait partie du comité de Paris lors de la fameuse partie par correspondance Londres-Paris, et c'est lui qui convainquit l'équipe parisienne d'adopter la défense de Mouret. A la suite de la victoire des français on nomma cette défense Partie Française et elle devint une réponse à 1.é4 aussi populaire que 1... é5 . (8)

Tous les chroniqueurs soulignent que malheureusement le talent de Mouret se dilua quelque peu dans l'alcool. Alphonse Delannoy, cité par Hooper et Whyld (3), parle "d'état de semi-intoxication continuel", ou bien George Walker qui écrivit "He burnt out his brain with Brandy" (9).

Son penchant pour la boisson, le laissait souvent sans le sou et pour survivre, il aurait révélé le secret du joueur caché dans Le Turc. Même si son nom n'est pas cité dans le texte, c'est lui qui aurait révélé au mensuel français Le Magasin Pittoresque en 1834, le principe de fonctionnement de l'automate (10).

Concernant son penchant pour la boisson, on peut également mentionner l'anecdote racontée par Delannoy dans la revue The Chess Monthly. Il s'agit d'une "arnaque" mise au point avec De Labourdonnais pour "plumer" un visiteur du café de La Régence. Vous pouvez la lire ici, en anglais, telle qu'elle est reprise dans le Brentano's Monthly (11).

En 1836 paraît Le Traité Elémentaire du Jeu des échecs (12) qui lui est souvent attribué sur la foi de la préface :

Le Traité Elémentaire du Jeu des échecs (1836) pXI-XII. On note l'adresse de Mouret.

Il semble pourtant qu'il n'en est que le "correcteur" comme le prouve cette publicité trouvée dans un quotidien après sa mort:

Le Journal des débats (27 décembre 1837)

Il finit sa vie dans un état de grave détérioration physique et mentale, sans un sou. Il resta longuement paralysé et début 1837 Le Palamède (13) publia un appel à la charité:

Le Palamède - (1837) p45

Mais dès le numéro suivant Le Palamède publia sa nécrologie (4). On y apprend que sa petite pension d'ancien employé des postes était loin de couvrir ses besoins et que les membres du Cercle des Echecs de Paris subvenaient à ses besoins et prirent en charge son inhumation. Concernant son jeu, on peut lire : "Son jeu était très correct et d'une très grande force, principalement sous le rapport de la défense."

 

sources:

(1) Archives de Paris - Fichiers alphabétique de l'état civil reconstitué (XVIème siècle - 1859)

(2) Chess Personalia - Jeremy Gaige (1987) p112

(3) The Oxford Companion to Chess - David Hooper et Kenneth Whyld  (1992) p265

(4) Le Palamède - (1837) p112

(5) Le Palamède - (1847) p211

(6) A selection of 50 games from those played by the automaton chess player during its exhibition in London in 1820 - William Hunnemann (1820)

(7) Traité élémentaire du jeu des échecs - Barthelemy De Basterot (2e Ed. 1863) p108-109

(8) Les Cahiers de l'Echiquier Français - Article de Marcel Lamarre sous le pseudonyme : Un amateur de l'Ex U.A.A.R (3ème cahier 1925) p75-76

(9) Chess and Chess Players - George Walker (1850) p26 "Son cerveau s'est consumé dans le Brandy" (traduction personnelle)

(10) Le Magasin Pittoresque - Edouard Charton (1834) p155

(11) Brentano's Monthly - Article d'Alphonse Delannoy (1881) p317

(12) Le Traité Elémentaire du Jeu des échecs - C.Adam revu et corrigé par J.F.Mouret (1836) pXI-XII

(13) Le Palamède - (1837) p45

© Dominique Thimognier (Reproduction interdite sans autorisation)

 

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