HERITAGE des ECHECS FRANCAIS

 

 

Chantal Chaudé de Silans en 1950

  source : Chess World (mars 1950)
 
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CHAUDE de SILANS Chantal

09/03/1919 (Versailles)- 05/09/2001 (Grasse)

Née Chantal de Silans, elle apprend les échecs dès l'âge de 9 ans avec son frère le baron de Silans. Par la suite, elle fréquente le cercle Caïssa et très rapidement fait preuve d'un talent certain.

Elle débute la compétition lors du championnat de France féminin de 1932, terminant le tournoi à la quatrième place, alors qu'elle n'a que 13 ans. L'année suivante, elle termine à nouveau 4ème, tous les commentateurs lui prédisent un grand avenir.

Cliché pris lors du championnat de France 1933, Chantal de Silans n'a pas encore 14 ans.

Fragment tiré du quotidien espagnol La Voz (19 mai 1933)

Elle ne peut participer en 1934 et en 1935, il faudra attendre le championnat de France 1936, pour qu'elle remporte son seul et unique titre de championne de France, à l'âge de 17 ans. Par la suite, elle ne participera plus au championnat de France féminin, en dehors d'un retour émouvant lors du championnat de France féminin de 1993, 61 ans après sa dernière participation !

Dès 1936, elle est invitée à participer au championnat de France masculin, elle termine 8ème sur 9, mais progresse au contact des meilleurs joueurs français. Elle participera à de nombreux autres championnats de France masculins: 1947 (7ème sur 10), 1949 (9ème sur 10), 1951 (3ème sur 14) son meilleur résultat chez les hommes, 1952 (7ème sur 10), 1955 (5ème sur 11), 1958 (10ème sur 12), 1963 (13ème sur 26), 1969 (29ème sur 30).

Elle participe également à plusieurs championnats de Paris, entre 1936 et 1949, où elle continue de s'aguerrir au contact des joueurs masculins.

César Boutteville opposé à Chantal Chaudé de Silans lors du championnat de Paris 1946

Le Monde des Echecs (mai 1946) p.108

Chantal Chaudé de Silans participera également à de très nombreuses compétitions internationales féminines. A la fin de la seconde guerre mondiale, le titre de championne du monde est vacant suite au décès de Vera Menchik la championne en titre, tuée lors d'un bombardement nazi sur l'Angleterre où elle résidait. Le premier championnat du monde féminin d'après-guerre est organisé par la FIDE à Moscou du 19 décembre 1949 au 18 janvier 1950. Ce tournoi constitue incontestablement le tournant de la carrière échiquéenne de Chantal Chaudé de Silans.

Au championnat du monde féminin 1949-1950

Bulletin Ouvrier des Echecs (décembre 1949) p.198

Les joueuses soviétiques sont les grandes favorites de ce tournoi qui regroupe les 16 meilleures joueuses au monde. Or à la surprise générale, Chantal Chaudé de Silans va survoler le début du tournoi et garder la tête jusqu'à la 12ème ronde. Malheureusement elle craque dans la fin de tournoi, à cause de la fatigue, d'un refroidissement et du stress. Elle est l'une des rares joueuses à ne pas bénéficier de l'aide d'un secondant à cause de la pauvreté de la FFE de cette époque. Il a même fallu lancer une souscription publique pour l'envoyer à Moscou. Elle perd lors des 13ème et 14ème rondes et ne peut qu'annuler avec les Noirs, contre Rudenko la future championne dans la dernière ronde. Elle termine 5ème ex-æquo, derrière les 4 joueuses soviétiques. La logique est respectée, mais Chantal Chaudé de Silans est passée bien près de devenir championne du monde. A son retour, tout le monde s'intéresse à elle, bien tard ... Elle passe à la télé, elle est même reçue à Matignon par le président du conseil (le chef du gouvernement sous la 4ème République).

Chantal Chaudé de Silans et la championne du monde Liudmila Rudenko

L'Echiquier de Paris (janvier-février 1950) p.15

Par la suite, elle disputa à nouveau 3 fois le tournoi des candidates au championnat du monde avec des résultats moins brillants. Elle devait conduire sa carrière échiquéenne parallèlement à l'éducation de ses 4 enfants. Elle avait épousé Bernard Chaudé en 1939, quelques jours avant la seconde guerre mondiale, elle le suivit au Maroc au moment de l'invasion nazie, pour revenir en France en 1942 pour participer au mouvement de Résistance.

En 1950, elle fut la première femme à participer aux olympiades d'échecs ... masculines. Elle faisait en effet partie de l'équipe de France qui se rendit à Dubrovnik participer à la première olympiade d'après guerre.

Elle joua quelques matchs contre des hommes: elle perdit contre le champion de Suisse Henry Grob 5,5-2,5 en 1951, mais battit le multiple champion de Paris Stephan A. Popel 2,5-1,5 en 1957.

Chantal Chaudé de Silans opposée à Henry Grob.

Revue allemande Caïssa (août 1951)

Croquis réalisé par le joueur suisse Henry Grob

(Amicalement transmis par Joaquim Travesset)

Par la suite, sans jamais abandonner l'échiquier, elle travailla beaucoup à l'organisation de nombreux événements échiquéens, notamment la demi-finale du tournoi des candidats au championnat du monde, entre Kortschnoj et Polugaevsky, en 1977 à Evian.

Chantal Chaudé de Silans pendant le match Kortschnoj-Polugaevsky 1977 à Evian.

(Source: Chess Vol.42 p.313)

Il faut ajouter à cette carrière exceptionnelle, le rôle que Chantal Chaudé de Silans joua en animant bénévolement pendant trente ans, le grand club parisien Caïssa. Elle succéda à Mme Le Bey-Taillis en 1970 et s'occupa du club jusqu'en février 2000 lorsqu'elle se retira en raison de son état de santé. Sous sa direction, le club a formé plusieurs générations de joueurs talentueux.

Mme Chaudé de Silans était respectée de tous, les grands maîtres russes Spassky, Smyslov ou Bronstein ne manquaient pas de venir la saluer à chaque passage à Paris. Nommée par la FIDE Maître International féminin en 1950 puis Grand Maître Honoris Causa, elle est une figure emblématique du jeu d'échecs en France.

 

Sources:

- Chess Personalia - Jeremy Gaige (1987) p.68

- Dictionnaire des Echecs - François Le Lionnais et Ernst Maget (1974) p.71

- Le Nouveau Guide des Echecs - Nicolas Giffard et Alain Biénabe (2009) p.807

- Echecs et Mat - Article nécrologique (octobre 2001) p.6

- Europe Echecs - Roland Lecomte Article nécrologique (octobre 2001) p.48

- Matten - article de Hans Boehm (n°7 2010)

- The Sorcerer's Apprentice - David Bronstein & Tom Furstenberg (1995) p.128

 

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